fromentin Jean-Claude (Artiste peintre)  
Cours de dessin-2ème Niveau-Peindre une marine-
-Pas à Pas: Peindre une marine- 
 
Nous prendrons cette photo comme modèle.
1ère Etape: Dessin de l'esquisse. 
 
L'esquisse est faite avec un mélange "Ombre Brûlée + Outremer" diluée plus ou moins à l'essence pure (ou à l'eau si vous utilisez une peinture diluable à l'eau). Le dessin est réalisé avec un pinceau assez fin, et les tons de valeurs avec une brosse assez large (2 à 3 cm, ou plus suivant les zones). 
 
Étalez la couleur très largement, ne cherchez pas le détail, utilisez même un chiffon pour couvrir plus rapidement. Le chiffon peut aussi servir à éclaircir certaines zones pour modeler si nécessaire.
En fait l'esquisse est un guide utile uniquement pour réaliser la couche de couverture. Laissez sécher pour que ce soit sec au touché (1 à 2 jours). Pour les plus aguerris vous pouvez continuer dans la lancée, mais il est prudent d'attendre, et puis il faut se reposer un peu. 
 
Je fais cette peinture sur une toile sur chassis de format 10M, soit 55 cm x 33 cm. Pensez que tout ce travail sera vite recouvert lors de la 1ère couche de couverture, et ne sera plus visible, alors simplifiez au mieux, d'autant plus que le format est petit (sur l'image j'ai fait trop de détails de la colline au loin).
2ème Etape: 1ère couche de couverture. 
 
Je commence par le ciel, mais vous pouvez faire autrement si vous désirez 
 
IL s'agit à cette étape de recouvrir entièrement la surface de la toile d'une couche de peinture afin de faire disparaître le blanc de la toile. En règle générale, on met des teintes qui seront en harmonie, ou en contraste, avec les tons définitifs. De préférence ces tons seront de valeur foncée et permettront de mieux apprécier les valeurs des tons que l'on va ensuite poser. Les couleurs seront diluées avec un mélange "moitié Thérébentine + moitié Huile de lin" pour rendre la peinture moins épaisse et plus fluide. 
 
Cette couche de couverture doit être couvrante et non transparente (sauf si c'est le but recherché). 
 
Tout d'abord il faut préparer les couleurs sur la palette. On dépose une noisette de chaque couleur, puis on les triture (on les mélanges) à l'aide d'un couteau à palette afin d'obtenir toute une variété de tons différents. La proportion des couleurs sera variable suivant le résultat à obtenir. Certaines couleurs pourront être en quantité infime suivant le cas, c'est une affaire de ressenti. 
 
Ensuite, il faut retenir quelques teintes utiles et en préparer en plus grande quantité en fonction des surfaces à couvrir. Pour simplifier les explications, j'ai mis un numéro pour chaque teinte que j'ai utilisée, que j'ai reporté sur l'image du tableau. 
 
Vous voyez ci-dessous les couleurs que j'ai utilisées et les mélanges obtenus pour peindre le ciel.
Pour revenir à la couche de couverture, prenez une brosse plate et large (2 à 3 cm) et peignez sur la toile avec les couleurs nécessaires. Diluez la couleur avec un médium constitué de moité thérébetine et moitié huile de lin. Pour ceux qui utilise de la peinture à l'huile diluable à l'eau, ce médium sera constitué de moitié eau et moitié huile de lin diluable à l'eau (huile de lin "ARTISAN"). 
 
La couche de couverture doit être opaque mais pas épaisse. Dans un premier temps posez les couleurs en larges aplats juxtaposés sans les mélanger, comme une espèce de patchwork. Sur l'exemple j'ai laissé des blancs pour bien montrer la manière de faire. 
 
Repérez bien l'emplacement des touches de couleurs et faites attention à ne pas mélanger celles qui pourrait faire désastreux, comme un bleu et un jaune par exemple. Ce n'est pas grave si vos couleurs ne sont pas exactement identiques aux miennes, l'important ce sont les valeurs à respecter. 
Lorsque tout le ciel est recouvert, il reste une opération délicate: l'unification des teintes posée sans perdre les formes et les volumes. Avec une brosse large et propre, éventuellement la même qui a servie à poser la couleur, fondez les touches entre elles et lisser la peinture. Ce travail peut être assez long.
Avant de continuer,il est indispensable que je vous fasse un petit peu de technique élémentaire, qui peut manquer à certains d'entre vous. Je vous conseille de vous entraîner préalablement sur un brouillon. Je le fais toujours sur un papier à peindre que je fixe sur un carton fort avec des pinces à dessin, le tout posé sur mon chevalet. 
 
Comme palette j'utilise une plaque de verre qui est peinte en gris souris au verso, mais on peut très bien poser la plaque sur un papier teinté. Pourquoi j'utilise une plaque de verre? C'est parce que çà me fait une palette de 50 cm x 40 cm, donc toute la place qu'on veut, et parce que c'est plus facile à entretenir (mais vous pouvez, bien sûr utiliser une palette traditionnelle). 
 
(les taches blanches sont les reflets des fluos qui sont au-dessus lorsque j'ai pris la photo).
Après avoir fait mes mélanges je peint des zones avec différentes couleurs posées cote à cote en changeant de pinceau (pinceau plat et large, en soie de porc). Ensuite, lorsque je suis satisfait des couleurs, je prend un pinceau identique, propre et nettoyé, pour blaireauter (mélanger) les couleurs adjacentes sur une portion d'environ un tiers, et j'insiste pour lisser au mieux. Je change de pinceau pour chaque couleur (ou je nettoie). J'essaie de garder l'identité de chaque couleur (partie gauche de l'image ci-dessous). 
Malgré tous mes efforts, je m'aperçois que les couleurs sont sales. Eh! Oui. C'est ce qui arrive si vous n'êtes pas vigilant dans vos mélanges, attention aux proportions et surtout aux complémentaires. J'ai donc repris l'exercice avec des mélanges propres (image de droite). 
Question N°1: Doit on mettre beaucoup de peinture? 
 
Réponse:

Cela dépend. La couche de couverture doit être couvrante en totalité, donc bien sûr il faut mettre suffisamment de couleur, mais pas trop. A chaque coup de pinceau celui-ci doit être chargé (environ un noisette) pour couvrir une grande surface. La peinture sortant du tube peut être légèrement diluée, une à 2 gouttes juste pour ramollir la couleur. Cependant le pinceau ne doit pas laisser de traces importantes et visibles (à l'inverse du travail en pleine pâte réservé pour les couches suivantes). La couche de couverture ne doit pas être épaisse. 
 
Question N°2: Par où commencer? 
 
Réponse:

Le clair? Le foncé? Quel dilemme? Il n'y a pas de règles, c'est vous qui voyez. Vous suivez vos envies, il faut simplement arriver au résultat. Mais surtout changez de brosse ou lavez la, il est indispensable de garder la peinture propre à tout prix. 
Voici, ci-dessus un autre exercice de mélange avec 4 exemples. 
 
1--: On pose les touches de couleurs cote à cote. 
2--: On commence à mélanger en blaireautant les zones frontières entre les couleurs. 
3--: On continue à mélanger. 
4--: On finit le mélange en lissant pour faire disparaître les traces de pinceau. 
 
Remarques: 
 
Le bleu outremer est une couleur qui tire vers le violet, et donc a tendance à griser et salir les mélanges si on ne fait pas attention. Préférez dans la plupart des cas le bleu de cobalt qui est un bleu absolument pur, qui ne vous decevra jamais. Faites attention au bleu céruléum, cependant celui-ci donne des mélanges satisfaisants et brillants. 

 
Quand je dis "Bleu de cobalt" il faudra sans doute le remplacer par un bleu similaire car vous savez certainement qu'il est désormais interdit par une consigne Européenne, de même que certains autres ingrédients comme le Chrome par exemple. 
Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c'est une pochade, je dirais que c'est une peinture faite "ALLA Prima" en une seule séance, en pleine pâte (sans diluer), sur un petit format (environ 20 cm) pour aller vite. Le but est de tester les couleurs afin de donner une première impression de ce que sera le tableau. C'est une sorte de guide, un croquis de notes des couleurs qui aidera ensuite pour la réalisation du tableau. 
 
C'est là que se décide l'interprétation, et que le peintre donne tout ce qu'il a dans les tripes en suivant son inspiration. Il va faire œuvre de création et peut modifier certains éléments qui ne correspondent pas à sa vision. Je rappelle que peindre un tableau n'est pas faire une photo et rien n'empêche de s'écarter un peu de la réalité, sauf si on a un impératif absolu de reproduire exactement le modèle. 
Cette pochade permettra d'ajuster au mieux les couleurs et la composition si nécessaire. Je vous montre cette pochade et je vous conseille d'en faire autant pour vos réalisations, d'autant que c'est très formateur et vous habitue à peindre librement et sans contraintes. Tant pis si vos premiers essais ne vous satisfont pas, les suivants seront meilleurs. Et puis la pochade évite les repentirs et les retouches sans fin en montrant une première approche. 
Continuons le travail de couverture. La pochade que j'ai faite prprécédemment me permet de préparer mes mélanges de couleurs plus facilement en comparant les teintes suivant les zones à peindre. Je poursuis donc, par exemple, par l'arrière plan. Je commence par poser les touches avec une brosse plate de largeur adaptée à la zone. 
Et ensuite je blaireaute tout çà en essayant de conserver l'identité de chaque teinte. 
Et voilà, ci-dessous, le résultat de du travail pour l'arrière plan.
Je poursuis par la zone "Mer et Rochers", toujours avec de teintes foncés et sans trop de détails. 
Et ensuite, le 1er plan.
La couche de couverture est terminée. Vous remarquerez quelques teintes différentes par rapport à la pochade. J'ai aussi réduit la taille du rocher à droite au 1er plan par rapport à l'image précédente. Je l'avais fait trop gros, cela me gênait car il déséquilibrait la composition. 
 
Pour le ciel et l'eau il est impératif que la couleur soit suffisamment lissée pour faire disparaître les traces de pinceau. Maintenant cette couche doit sécher (sèche au toucher) avant de commencer à peindre la couche suivante. A ce stade la peinture est assez rudimentaire, mais le but est de faire disparaître complètement le blanc de la toile afin de pouvoir juger efficacement les valeurs et les contrastes. 
 
Vous avez dû vous rendre compte, au fur et à mesure, de l'évolution extraordinaire de l'effet général de la scène. Mais tout ce travail n'est qu'une introduction, le plus difficile est à venir. Ce sera la peinture complète zone après zone. 
 
Encore un chose: cette couche de couverture doit être peinte avec des couleurs foncées pour permettre la pose de couleurs claires sans risquer d'inconvénients comme les craquelures. 
Avant de continuer, et après réflexion, je décide de sublimer l'ambiance générale du tableau en modifiant la position du soleil. Sur la photo le soleil est caché par les nuages. Je préfère le rendre visible en le plaçant juste derrière la flèche de l'église. Çà change complètement l'effet en faisant éclater la lumière. On dit que le soleil est dans la toile. 
 
J'ai fait un ajout sur la pochade pour montrer ce que çà peut donner. Bien, mais comment faire? Ce n'est pas une mince affaire et ce n'est plus de la technique élémentaire. Je dirais même que c'est un cauchemard pour beaucoup de peintres amateurs aussi bien que professionnels. 
Commençons par un exercice simple, mais élémentaire tout de même, sur papier à peindre. Si vous ne l'avez jamais fait, je vous engage vivement de l'essayer. 
 
En fait, on peut le faire avec une seule couleur le noir, plus le blanc. Le noir peut être remplacé par la Sienne Brûlée (avec adjonction, ou pas, de bleu Outremer). Le but de l'exercice est de faire une sorte d'auréole en passant du blanc pur au noir (ou de la Sienne Brûlée au blanc) avec un pinceau. Cet exercice est facile et sans difficulté. Jusque là tout va bien, les couleurs sont puissantes et les contrastes forts. 
 
Oui, mais, un soleil dans le tableau, c'est pas pareil? Certains peintres ont essayés pour un résultat médiocre (quand çà ne ressemble pas à un oeuf sur le plat mal cuit). 
Pour peindre l'auréole du soleil c'est plus compliqué (les infographistes parlent de Lens Flares). Je vais vous montrer une manière de faire, mais qui demande beaucoup d'attention et de minutie. Vous n'y arriverez peut être pas du premier coup, mais il faut persévérer. Les couleurs à utiliser dépendent de l'ambiance générale et des couleurs environnantes. 
 
Maintenant commençons l'exercice. D'abord la palette avec les recherches de teintes (image ci-dessous).
Sur un papier à peindre on commence par poser les teintes 1, 5, 3, 6, 8, dans l'ordre, pour finir par une teinte orangée claire tirant légèrement vers l'ocre. 
 
La teinte N°1: Blanc + une pointe de Bleu Céruléum (vraiment très très peu) pour peindre le disque central du soleil. Très bizarre, le bleu pour le soleil? Je suis tombé sur la tête, je croyais que le soleil est jaune très clair. 
 
Oui, bien sûr, mais si vous faites cela le soleil sera terne, éteint et sans brillance. Par contre, et compte tenue des couleurs rouge sombre environnantes, et des jaunes orangées du ciel il est logique que le soleil soit bleu (complémentaire de l'orange). C'est comme çà que le soleil semblera brillant.
La teinte N°5: est un composé de: 2 + 3, légèrement plus grise et plus foncée que 1. 
 
La teinte N°3: Plus claire que 5, mais plus foncée que 1, elle est légèrement rosée. 
 
La teinte N°6: est un composé de 3 + 7 + blanc. 
 
La teinte N°8 est légèrement jaunâtre. 
 
Dans l'ensemble, les teintes sont composées de Blanc (en grande quantité), de Bleu, de jaune, d'orange et de carmin. 
 
Si vous êtes arrivé là tout va bien. Vous tâtonnerez sans doute pour trouver les bonnes teintes. Vous posez une touche de couleur, si elle ne convient pas vous l'enlevez et recommencez. 
 
Il va sans dire que ces mélanges sont très subtiles et la proportion des couleurs ajoutées au blanc est infime. 
 
Il ne reste plus qu'à fondre les teintes les unes aux autres pour qu'il n'y ait plus de démarcations. Pour finir (dernière image) on repose la teinte N°1 sur le disque du soleil pour le raviver. Et voilà. 

 
Remarque 1:
Les coups de pinceau doivent être circulaires, c'est indispensable, et pour un ciel il ne doit pas y avoir de traces du pinceau. 
 
Remarque 2: 
Il est curieux que j'ai utilisé le bleu pour le centre, mais si vous voulez qu'il soit brillant et éclatant il doit être d'une teinte complémentaire au jaune orangé qui l'entoure. De plus; les teintes N°5, 3, et 6 comportent du carmin pour renforcer la complémentarité. 

 
Toute cette première partie du pas à pas a été faite sur ordinateur par commodité. Il est possible donc que vous n'ayez pas le même résultat que moi. Pour la suite, je vous montrerez les images de la vraie peinture à l'huile faite sur toile. 
Voyez la suite de cette leçon à la page suivante.